Wednesday, June 28, 2017
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Prix Numéricable au festival Paris Cinéma 2012, Rebelle du québécois Kim Nguyen dépeint le sort peu enviable des enfants soldats africains. Tourné au Congo dans des conditions très difficiles, avec des acteurs non-professionnels, Rebelle frappe par sa justesse de ton et sa mise en scène balançant entre réalisme violent et moments de poésie d’une grâce inouïe. Le réalisateur a choisi de raconter son histoire à travers les yeux de Komona, enfant arrachée à sa famille…

 Rebelle, Kim Nguyen

Pour transformer des enfants en soldats sanguinaires, il faut les exposer à la pire des violences qui puisse exister : les obliger à assassiner leurs parents. Cette scène quasi inaugurale, en tout début de film, scelle le destin de Komona. Ravagée par la culpabilité, la jeune femme tentera tout au long du film de renouer avec les siens, d’obtenir le pardon des fantômes qui viennent la hanter avant chaque massacre. Cette culpabilité, véritable fardeau, est pourtant ce qui sauve la jeune fille du malheur absolu. Lorsque les soldats découvrent que Komona a des visions, elle est intronisée sorcière officielle de l’armée et bénéficie des faveurs du grand commandant. Hallucinations dues à l’ingestion de la sève magique ou véritables manifestations des esprits, les apparitions préviennent en tout cas Komona du danger qui la guette, elle et son commando.

 

Si la jeune sorcière bénéficie des faveurs du Prince, c’est en Magicien (Serge Kanyinda très beau), un jeune combattant albinos pourvoyeur de grigris, qu’elle trouve l’amour. Le garçon la prend sous ses ailes, la protège, l’alimente et la met en garde contre les caprices du grand chef : les sorcières trouvent la mort dès lors que leurs prédictions se révèlent fausses. L’Afrique magique qui nous est présentée ne tombe pas dans le piège des clichés et nous donne à voir en pointillés, sans jamais forcer le trait, des réalités sociales insoupçonnées à travers notamment la séquence des enfants albinos réfugiés dans un même immeuble…

 Rebelle, Kim Nguyen

Au milieu des rafales de mitraillettes et des coups de machette, une belle histoire d’amour se tisse entre les deux jeunes adolescents qui décident de s’échapper pour enfin vivre une vie normale loin des combats. C’est l’occasion d’une parenthèse enchantée : Kim Nguyen prend le temps de dépeindre des villages qui malgré la guerre trouvent la force de reprendre le cours normal du quotidien au rythme des lessives ou des récoltes… Komona et Magicien se marient après être partis à la recherche d’un coq blanc, symbole de pureté exigé par la jeune femme… Mais la lune de miel des deux fugueurs est de courte durée… Les rebelles remettent la main sur Komona qui, arrachée à Magicien, deviendra une esclave sexuelle avant de se transformer, dans un dernier sursaut, en fleur empoisonnée…

 Rebelle, Kim Nguyen

Bien que Kim Nguyen ne filme jamais la violence frontalement, celle-ci est palpable à travers les regards d’effroi ou de désespoir de Komona. Rachel Mwanza, enfant des rues qui interprète Komona, a obtenu le prix de la meilleure actrice au dernier festival de Berlin. Sa performance, remarquable, est rehaussée par une mise en scène virtuose qui ne relègue jamais ces enfants soldats à des rôles de victimes.

La voix off qui donne continuellement au spectateur le point de vue de Komona est une manière d’offrir au personnage malmené la possibilité de se réapproprier son histoire personnelle. En condensant plusieurs mois et années en une série de séquences facilement identifiables, très chargées émotionnellement (le meurtre des parents, la recherche du coq blanc et le mariage, le viol et la dernière fuite, l’accouchement dans le village natal), Kim Nguyen fait voyager le spectateur dans la mémoire de son héroïne principale, dont on comprend à la fin du récit qu’elle est parvenue à se débarrasser de ses démons intérieurs.

Rebelle n’est pas qu’un film engagé revenant sur le sort d’enfants abandonnés de tous. C’est aussi un magnifique conte sur la filiation et l’amour maternel. Comment aimer un enfant né d’un viol ? Sur cette question, on pourra aussi découvrir les travaux du photo-reporter israélien Jonathan Torgovnik, 42 ans, qui a obtenu le prix Découverte 2012 des Rencontres d’Arles.

P.-S.

Rebelle, Kim Nguyen

Source: http://www.cinemapolis.info/538-rebelle-kim-nguyen.html

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