Saturday, December 16, 2017
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Une fois que le conflit s’achève, se pose immédiatement la question de la reconversion des enfants soldats, de leur réintégration dans un système en marge duquel ils ont trop longtemps vécu, car imprégnés exclusivement de codes de violence. La pérennité des moyens soulève de nombreuses  interrogations car la réussite de tels projets est conditionnée par l’implication réelle des Etats concernés (comme évoqué précédemment) et par un cadre stable sans lequel les projets ne peuvent prendre forme.  Les actions tant préventives que « post-conflits» doivent se focaliser sur l’éducation et la resocialisation, « (re)créer un lien social et moral rompu ou altéré ». Dans des pays où l’éducation nationale est très lacunaire à la base, le manque de moyens, de structures et d’outils pédagogiques se fait cruellement sentir. La perpétuation d’un cercle vicieux est dès lors inévitable, la misère et l’ignorance suscitant irrémédiablement la colère et le retour à la violence. Ce genre de contexte n’est pas propice à chasser les vieux démons qui hantent ces jeunes garçons et filles, soldats ou victimes collatérales des conflits. La première erreur de lecture serait de se concentrer sur des facteurs conjoncturels alors que les racines du problème restent peu ou prou constantes et intactes. L’endoctrinement et l’immixtion des enfants dans des conflits asymétriques ou inter-partisans, des guerres de clans ou civiles qui doivent en principe être l’affaire de soldats majeurs, sont favorisés par des « aimants structurels », propres à la plupart des pays du tiers monde et de l’Afrique, souffrant entre autres d’un IDH extrêmement faible et d’un taux de scolarisation très bas. Les enfants, soumis à des travaux ingrats, sont obligés de quitter très tôt l’école. Ils deviennent parfois les uniques soutiens de famille lors du décès ou de la maladie d’un père ou d’une mère. L’appel aux armes et l’argent facile (gagné grâce aux pillages, meurtres et massacres collectifs) constituent une tentation immense pour des enfants.

 

TEci-jck01outes les amnisties, les programmes de réconciliation nationale et les stratégies de DDR,  planifiés par les Etats et/ou les ANE (acteurs non-étatiques tels les ONG) resteront incomplets ou velléitaires si leurs initiateurs omettent une donnée fondamentale que les bourreaux et les victimes de ces conflits perdent  au terme de litanies de violences, d’horreur et de souffrances : le « goût de vivre » et surtout « la prise de conscience de la nécessité de vivre ensemble ». L’éveil de ces sentiments est essentiel et fondamental car c’est en lui que s’enchâssent les accords de paix, que s’articulent toutes les politiques de réconciliation, d’assistance et de réinsertion. Cette disposition psychologique est à la fois l’objectif, le principe et le fil conducteur dans l’élaboration de toute stratégie de « récupération » des  ex-combattants mineurs. En temps de guerre ou dans la misère extrême, la structuration mentale  de l’enfant est inexistante ou avortée: sans rêve, sans imaginaire, il n’y a pas d’horizon possible et faute de référents collectifs (moraux), ces jeunes sont condamnés à l’errance et perdent toute conscience d’une humanité partagée. Si un esprit rationnel, éloigné de la guerre et de la précarité  admet comme évident le fait que la violence aveugle n’est pas une chose naturelle ou allant de soi, il n’en est pas de même pour  les enfants soldats chez qui cette croyance erronée est à la base du fonctionnement. A la fin des conflits, le travail des gouvernements responsables et des organismes internationaux humanitaires consiste à les aider à retrouver une partie de leur innocence volée et surtout, la confiance envers les adultes, étape déterminante pour leur reconstruction personnelle.

Les programmes de réinsertion ne peuvent fonctionner qu’à la condition de s’inscrire dans un contexte de dialogue et paix (effective) entre gouvernements et factions armées. Le désarmement et la démobilisation sont des pré-requis qui ne peuvent être décidés que par les acteurs militaires et les autorités légitimes qui prennent (ou ont  pris) part aux conflits.  Sans cette volonté, les processus de DDR restent partiels, leurs avancées positives faibles et précaires, et  l’on peut  assister à tout moment à une remobilisation des soldats, situation qui saperait tous les efforts des organismes et associations  humanitaires actives sur le terrain, tout comme elle pourrait mettre directement la vie de ceux qui y travaillent en danger. Une alternative crédible à la violence doit donc être proposée aux groupes rebelles afin que ceux-ci acceptent d’abandonner la violence comme identité et moyen de subsistance. A tout moment, ces groupes peuvent se rééquiper en armes vendues sur le marché noir, reconstituer des embryons d’Etat ou structures proto-étatiques, volatiles, sous-terraines, bien organisées et hiérarchisées (pour certaines), financées par des réseaux clandestins, le banditisme et toutes sortes de trafics et d’aides extérieures qui assurent leur pérennité. La lutte contre ces réseaux doit être menée sans relâche par les gouvernements, parallèlement aux opérations de réinsertion dans lesquelles des associations comme ECI s’engagent.

Eci-jck04ECI, acteur humanitaire de premier plan, conçoit l’appropriation des valeurs  du milieu comme un pré- requis important pour instaurer un changement de mentalité. Prodiguer des soins et des traitements psychologiques à ces enfants selon des paramètres typiquement occidentaux est une démarche vouée à l’échec. A cet égard, il est essentiel de former des hommes et femmes, des soignants et personnels éducateurs africains, en leur inculquant les fondamentaux de la pédo-psychologie et de la socio-psychologie « à l’occidentale » mais surtout d’adapter au maximum leur formation aux réalités et aux sensibilités des sociétés concernés.

La  transmission et la pérennisation des savoirs et des sentiments humains aux ex enfants soldats, par le biais de mediums endogènes (privilégiant la communication interpersonnelle/l’oralité, les chants, les rituels, les danses, sketchs, ou les fameux « arbres à palabre »), ont plus de chance d’atteindre durablement le cœur des enfants et de leurs proches. Des tournées doivent être menées, de village en village, pour aider les familles à se réunir et les convaincre de retrouver et d’accueillir leurs enfants. Les pratiques dites de « guérison spirituelles » par l’autosuggestion et le truchement du sacré ou de la « magie » ont pu montrer bien des fois leur efficacité dès l’instant où  les jeunes soldats et leur entourage croient fermement que « le mal a été chassé de l’âme et du corps de ces derniers ». Cependant, l’on ne saurait miser uniquement sur les méthodes de pardon « ritualisé » et d’exorcisme. Pour optimiser les chances de réinsertion dans un délai raisonnable, les méthodes traditionnelles doivent être accompagnées d’intenses campagnes de communication plus variées et modernes, utilisant les médias de masse (affiches, radio, journaux, télévision). Cette conjonction dans les campagnes d’information et de communication pour la réconciliation tient compte de la possibilité que certaines franges de la population puissent être moins sensibles que d’autres aux ressorts émotionnels archaïques. Les projets de mise en place de centres de réinsertion en cours, devraient pouvoir, le temps du traitement des ex enfants-soldats, accueillir les familles et organiser des retrouvailles sous surveillance d’experts et de personnels qualifiés, permettant ainsi d’éviter les incidents tout en préservant un climat de paix et d’intimité et en favorisant de bonnes conditions de dialogue. Les thérapies doivent être, selon les cas, à la fois individuelles et collectives (suivant le principe d’amalgame), car permettre aux enfants de se confier, de parler ouvertement entre eux d’expériences douloureuses communes les rend solidaires les uns des autres. Il s’agit d’une étape importante vers l’exorcisation et la resocialisation.

ECIEn amont de toute action ou projet humanitaire porté par ECI, les gouvernements africains ont, en temps de paix ou de guerre, pour devoir  et responsabilité d’assurer la protection des régions les plus vulnérables et de veiller à ce que des mouvements de rébellion ne s’y implantent de nouveau et fassent de ces zones des tampons, des viviers de jeunes combattants et des sanctuaires pour se ravitailler et imposer leur loi. Les moyens coercitifs (policiers) et non-coercitifs (liés au développement et à l’éducation) doivent être conjointement menés pour que la délinquance qui jette les enfants et adolescents dans l’escarcelle de bandits et de milices pseudo-révolutionnaires, connaisse un recul constant et significatif. Les acteurs de programmes DDR (centres et  personnels) autant que leurs bénéficiaires doivent bénéficier d’un minimum de bonnes conditions de travail et de la protection des gouvernements dont ils viennent combler les lacunes. Le manque de protection des civils, souvent utilisés comme « boucliers humains » ou comme « chair à canon » par les pouvoir en place et forces rebelles qui orchestrent indirectement ou directement massacres et nettoyages ethniques, relève de la responsabilité unique des Etats qui ferment les yeux ou acceptent de voir s’installer les conditions d’un  génocide. Une pression internationale et des sanctions doivent être exercées contre les régimes qui cautionnent, encouragent ou laissent faire l’enrôlement militaire et le travail forcé des mineurs.

Ibrahim El Ali en collaboration de Chady Hage-Ali

Mawassem-Khaer

 

 

 

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