Saturday, December 16, 2017
  • enfr

ECI dans la presse: Témoignage Chrétien n° 3502 19 juillet 2012

Par Benjamin Seze

Mardi 10 juillet, la Cour pénale internationale (CPI) a con­damné l’ex-commandant des Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC), Thomas Lubanga, à 14 ans de prison pour l’enrôlement d’enfants-soldats. En 2009, trois chefs du Revolutionary United Front (RUF), mouvement rebelle du Sierra-Leone, avaient déjà été condamnés par le Tribunal spécial pour les mêmes faits.

« C’est une mise en garde sévère à travers le monde à l’attention de ceux qui utilisent des enfants-soldats », a déclaré Armel Luhiriri, chargé des enquêtes en Afrique francophone pour la Coalition pour la CPI (CICC) commentant la décision du 10 juin. S’ils reconnaissent la nécessité et saluent la portée symbolique de cette première condamnation rendue par la CPI, plusieurs observateurs doutent cependant de son réel effet dissuasif.

On compterait aujourd’hui à travers le monde plus de 250 000 mineurs utilisés dans des conflits armés. Une situation malheureusement classique au regard de l’Histoire.

législation sur la protection de l’enfant

 

Aujourd’hui, on estime à 250 000 (1) le nom­bre de mineurs, filles ou garçons, utilisés à travers le monde dans des conflits armés com­me combattants, cuisiniers, porteurs, messagers, espions ou à des fins sexuelles. Con­trairement à la figure de « l’enfant-soldat » qui prédomine dans l’imaginaire collectif, cette pratique n’est pas l’apanage de l’Afrique ni un phénomène récent. Sans remonter jusqu’à l’Antiquité et l’éducation guerrière des jeunes Spartiates, les exemples pullulent dans l’histoire moderne.

« À partir des XIXe et XXe siècles, l’enrôlement d’enfants et d’adolescents dans les conflits armés a progressivement cessé en Occident, au fur et à mesure de l’instauration de régimes démocratiques, de l’adoption d’une législation de protection de l’enfant et de la mise en place de la conscription », explique Manon Pignot, historienne de l’enfance et directrice de l’ouvrage L’enfant soldat. XIXe-XXIe siècle (2).

Jusque-là, la présence d’adolescents, voire préadolescents, était monnaie courante sur les champs de bataille européens et américains. Des recherches menées sur la Guerre 14-18 évoquent un jeune soldat du nom d’Édou­ard Martel… il avait treize ans et avait rejoint volontairement un contingent de « poilus ». Malgré l’âge minimum légal fixé, à l’époque, à 17 ans (avec autorisation des parents), ce genre de cas était souvent toléré par l’armée.

Plus récemment, l’Irlande du nord, le Liban, le Cambodge, la Bosnie… eurent aussi leur lot d’enfants soldats. « Si aujourd’hui l’Afrique apparaît effectivement comme le continent le plus touché par ce phénomène, avec près d’un tiers des effectifs, c’est principalement parce que c’est le continent qui connaît le plus grand nombre de conflits internes ou interétatiques, précise Lionel Quil­le, responsable de la Commission enfants à Amnesty international France. On en dénom­bre ou on en dénombrait encore récemment au Myanmar, en Colombie, aux Philippines, en Afghanistan, au Népal, au Sri Lanka et en Irak. »

 

programme de désarmement, démobilisation et réintégration

 

Enrôlés de force, le plus souvent, ou engagés volontaires pour des raisons économiques, sociales ou idéologiques, âgés majoritairement de 10 à 15 ans (parfois moins…), « ces jeunes recrues présentent l’avantage d’une main-d’œuvre peu chère, voire gratuite, et plus facilement malléable », explique Lionel Quille.

Depuis quelques années, des ONG mènent des programmes de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR), négociant avec les groupes armés la libération des mineurs. Selon l’ONU, plus de 11 000 enfants-soldats ont été libérés l’an dernier.

« Si le désarmement et la démobilisation fonctionnent plutôt bien, la réintégration est plus difficile, souligne Bernard Le Van Xieu, ancien président d’ECI, une ONG française qui s’occupe de la réinsertion d’anciens enfants-soldats et d’enfants des rues. Certains enfants ou adolescents sortant d’un program­me de réinsertion retournent combattre. »

En cause notamment, selon lui, la durée trop courte, faute de moyens, de ces programmes, et le manque de distinction entre les différents cas de figure. « Entre un enfant qui a combattu ou non, qui a tué ou non, qui a été enrôlé de force ou s’est engagé volontairement, l’approche ne devrait pas être la même si l’on veut être efficace. Or aujourd’hui, on a souvent tendance à mélanger tout le monde. »

(1) Rapport ONU 2010.

(2) L’enfant soldat. XIXe-XXIe siècle, Armand Colin, 2012.

Be Sociable, Share!
  • Twitter
  • Facebook
  • email

    2 Responses to “L’armée de réserve des enfants-soldats. TC n° 3502 19 juillet 2012”

    1. Le Van Xieu dit :

      La condamnation de Thomas Lubanga est une « mise en garde » oui ; dissuasive, je n’en suis pas certain !

      En effet, depuis le mandat d’arrêt international lancé par la Cour Pénale Internationale contre Bosco Ntaganda, celui-ci a été nommé général par son gouvernement, a été intégré dans les FARDC et dirige maintenant le M-23 dans les Kivus.

      De même, malgré l’activisme naissant de la CPI pour cette question (on peut ajouter Joseph Kony, LRA), on a assisté à de nouveaux recrutements d’enfants soldats, dénoncés timidement par quelques medias : Côte d’Ivoire, Tchad, Libye, Soudan, Syrie, Mali et en ce moment la RD Congo où des enfants soldats désarmés-démobilisés et en cours de réinsertion on rejoint à nouveau les forces et groupes armés.

      Il faut dire que la crédibilité de la CPI est fortement mise à l’épreuve, lorsqu’on voit le Général-Président Omar al-Bechir se déplacer librement, comme bon lui semble.

      Merci à ceux intéressés par cette question de donner leur point de vue sur ce site. Tous les avis enrichissent le débat.

    2. Bourquin Francis dit :

      Chers tous,
      C’est toute la problématique du développement économique, social et politique et de la mise en place d’Etats de Droit qui est ainsi posée. Famille, Ecole, Dispensaires médicaux, Formations professionnelles,emplois réels et effectifs,organisation et rôle spécifique de la société civile, monde associatif,ect…
      Tant que tout celà reste en jachère, les enfants seront enrolés, de gré ou de force, par les divers bélligérants, quels qu’ ils soient !
      Il nous faut donc être réalistes et particulièrement vigilants…et tirer les enseignements des échecs de cinquante années de coopération internationale.
      En résumé : Partenariat et non Assistanat !
      C’est-à-dire Responsabilisation de tous les Acteurs.
      amicalement
      francis

    Leave a Reply

    Aspects juridiques et éthiques des frappes à distance sur cibles humaines stratégiques

    Etude prospective IRIS-CICDE INTRODUCTION Il n’est pas aisé de conduire une étude sur les « aspects éthiques et juridiques des […]

    Be Sociable, Share!
    • Twitter
    • Facebook
    • email

      Nations using child soldiers are invited to British arms fair

      British-made weapons could be used to target children in war zones   Britain is continuing to defy the UN by […]

      Be Sociable, Share!
      • Twitter
      • Facebook
      • email

        Templar Soul, Ligne de vêtement

        Templar Soul partenaire d’ECI http://templarsoul.com Templar Soul est une ligne haut de gamme et innovante de vêtements masculins intégrant aux […]

        Be Sociable, Share!
        • Twitter
        • Facebook
        • email

          Le DDR: Désarmement, Démobilisation et Réintégration

          Le désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) est devenue une partie intégrante de la paix pour les consolidations post-conflits, elle figure […]

          Be Sociable, Share!
          • Twitter
          • Facebook
          • email

            TAG CLOUD

            POPULAR

            Visitez aussi notre Blog ECI-DDR (English version)